Quand on achète… une entreprise : 3, trouver des sous
Je continue ma chronique de la folle année que nous avons vécu, en abordant cette fois-ci la question du financement de l’entreprise. Parce que bon, c’est pas tout de vouloir investir, il faut aussi trouver de quoi investir.
Mais d’abord, combien faut-il ?
De notre côté, comme je te le disais dans ma chronique précédente, nous achetons des stocks, et un fond de commerce pour un montant symbolique. Il nous faut donc au moins cet argent là. A la somme en question, tu ajoutes suffisamment de trésorerie pour payer les salaires et les fournisseurs le premier mois. Par dessus cela, il y a des frais de rédaction des statuts, dans notre cas des frais d’accompagnement à la reprise d’entreprise, des frais de notaire pour l’achat et l’accompagnement, et des taxes.
En résumé, il nous faut à peu près 500 000€ si on veut être à l’aise, que clairement nous n’avons pas. Et comme nous n’avons envisagé ni le crime organisé, ni autres moyens assez peu légaux, il nous a fallu partir à la recherche de financements (non, le pied d’un arc en ciel n’est pas un moyen de financement, malheureusement).
Étape 1 : c’est quelqu’un, qui connaît quelqu’un…
Tu connais l’histoire. Avant de solliciter les banques, nous avons fait le point sur notre entourage, et à la fois les personnes susceptibles de s’associer avec Paul , ou celles qui pourraient « simplement » consentir à un prêt de façon à compléter notre apport et être plus crédibles lors de la négociation avec les banques.
C’est ainsi qu’entre ceux qui connaissaient notre projet et ont spontanément proposé de s’y associer, ceux que nous avons sollicités, et notre apport, nous arrivons presque à la moitié de la somme nécessaire. Toi aussi à ce moment de l’histoire, tu te dis que l’emprunt bancaire ne sera qu’une formalité ? C’est ce que je pensais aussi, mais accroche toi à ta tasse de thé, nous ne sommes pas au bout des rebondissements.
Peut se poser la question ensuite de ce qui se passe de cet argent : de notre côté, nous avons fait le choix de séparer la somme totale entre trésorerie et compte courant d’associés, afin d’avoir toujours une somme épargnée en cas de besoins que la trésorerie ne pourrait pas couvrir. On n’espère pas en avoir besoin, mais mieux vaut prévenir que guérir. Nous avons aussi fait le choix d’intégrer dans le financement de l’entreprise le remboursement des associés dans les années qui suivront l’achat. C’était très important pour nous de cadrer les choses, justement pour éviter les histoires d’argent en famille ou entre amis.

Étape 2 : trouver une banque
Et ça pour le coup, ça a été une affaire assez corsée. D’ailleurs, nous avons rapidement choisi de passer par un courtier, pour réduire la pression et les angoisses liées à cette étape, et si tu veux mon avis, c’était une excellente décision. Comme je te le disais, la majeure partie de ce que nous achetons ce sont des stocks. Paul n’était pas inquiet outre mesure : les stocks de livres peuvent se renvoyer aux éditeurs en cas de fermeture du commerce, et comme ils représentent la majeure partie de ce qu’il achète, il était très serein. Le courtier, lui, l’était beaucoup moins : possibilité de retour ou non, les banques n’aiment pas financer du stock, parce que c’est considéré comme un achat risqué.
Il a donc fallu réfléchir le montage, le retravailler à plusieurs reprises, pour aboutir à un énorme dossier présentant tout un tas de garanties de façon à ce que les banques acceptent de nous suivre. Et quand je te dis à plusieurs reprises, c’est y compris la veille de la signature du compromis, puisque l’un de nos associés a eu un souci de document justificatif et que le courtier nous a dit que sans ce document le dossier n’avait aucune chance de passer. Heureusement, la veille du jour J au soir, c’était réglé, mais nous avons bien cru que nous ne pourrions pas signer le compromis de vente.
Étape 3 : chercher d’autres financements
La région, la CCI, le département, d’autres organismes propres à ton secteur d’activité peuvent aussi accorder des financements. Que ce soit sous forme de prêt à taux zéro ou de subventions, cela nous finance presque 20% du montant total. Paul a dû monter des dossiers de demande de financement, passer des oraux, défendre son projet… pour aller chercher des financements hors banques, de façon à limiter le montant emprunté.
On a fait le tour de la partie financière. Cela a été un énorme morceau pour nous, que ce soit en temps, en énergie, en angoisses, en aller-retours avec les investisseurs et les différents acteurs. À l’heure à laquelle je t’écris, les banques interrogées ont accepté de nous suivre, mais nous n’avons encore rien signé, nous avons les réponses de certains organismes pour les subventions, et même si tout semble très bien engagé, je m’attends encore à une ou deux dingueries d’ici à la signature.
