Ma fille hypersensible

Ma fille hypersensible

Parmi toutes les choses que ma fille m’a faites découvrir depuis sa naissance, il en est une que je ne m’attendais pas à découvrir si tôt : l’hypersensibilité.

Parents dépassés

Nous savions et avions été prévenus qu’avec son retard de langage, notre fille connaitrait de gros moments de frustration car elle n’arriverait pas à se faire comprendre facilement en grandissant. Nous étions donc psychologiquement préparés mais cela n’expliquait pas tout pour autant.

Effectivement nous avons constaté qu’elle se braquait quand elle disait quelque chose et que ce que nous énoncions ne correspondait pas à ce qu’elle voulait dire, mais elle faisait également des crises bien plus fortes à côté. Ces crises dépassaient le cadre du terrible two bien connu désormais de la société et, même si elles étaient particulièrement décuplées avec nous, elles pouvaient survenir avec d’autres personnes. C’est d’ailleurs ainsi qu’on arrivait à différencier une crise « terrible two » d’une crise « hors barème ». Plus elle grandissait, plus elles étaient fréquentes et prenaient une telle intensité que, sans honte, je peux dire qu’elles nous gâchaient la vie. Nous retrouver seuls avec notre fille devenait un véritable effort pour nous et nous en sommes même arrivés une fois à annuler nos vacances entre autre car nous nous sentions incapables de gérer cela loin de chez nous.

Un jour, après un bilan avec son orthophoniste, la spécialiste nous a suggéré d’emmener petit koala voir un psychologue. Nous n’étions pas très ouverts à cette idée. Elle avait à peine 2 ans et demi et nous avions du mal à voir en quoi cela allait nous aider. Mais lorsque je suis tombée enceinte, nous avons remarqué un changement dans le comportement de notre petite fille. Ses crises devenaient de plus en plus fréquentes. Elle, qui d’ordinaire était une enfant radieuse et toujours souriante, ne l’était plus. En plus on enchainait les régressions que ce soit dans le langage, le sommeil ou la propreté. Nous ne nous en sortions vraiment plus et la communication entre nous était totalement rompue.

enfant, seul, pleurs
Crédit photo : Lucas Pezeta

A l’aube de 2021, après que l’orthophoniste nous en a reparlé, nous avons franchi le pas et avons consulté un pédopsychologue. Même si je suis coutumière des consultations psy, je dois avouer que j’étais un peu mal à l’aise. C’était dans un sens reconnaître que j’avais échoué dans mon rôle de maman. J’étais pleine de préjugés et je m’attendais à ce que cela débouche sur une longue thérapie, ce qui ne me réjouissait pas du tout : encore un spécialiste de plus à ajouter dans notre liste de suivi. Mais il s’avère que nous avons été vite mis à l’aise. Nous avons dans un premier temps refait le déroulé des événements depuis la grossesse, parlé des circonstances d’apparition des crises, de ce qu’il s’était passé en amont de chacune d’elles. Si en apparence petit koala semblait fermée, la pédopsychologue a réussi à lui faire exprimer les choses essentielles pour qu’on avance, et ce dès la première consultation. C’est très étrange à voir car l’enfant fait tout autre chose, et même, dans notre cas, ne va pas forcément vers le psychologue mais cela fonctionne quand même. Le fait de parler à haute voix de tout cela avec une personne extérieure a permis d’identifier un schéma d’apparition classique des crises. Et surtout d’entendre le fameux mot « hypersensible ».

Comprendre le schéma d’hypersensibilité de petit koala

Contrairement à ce que je pensais, petit koala n’était pas trop jeune pour ressentir de manière accrue toutes ses émotions. Ce trait était déjà présent chez elle, accentué par son retard de langage et avec une prédisposition maternelle. 

Dès lors, la psychologue nous a donné des pistes pour l’aider à mieux accepter cette caractéristique. Comme pour la parole, il était important que nous verbalisions chaque sentiment qu’elle exprimait, même si nous avions l’impression que cela ne servait à rien. Il fallait aussi que nous prenions le temps de la rassurer, de lui dire que c’était normal parfois d’être submergé et qu’il ne fallait pas se contenir mais exprimer ce qu’on ressentait. Du haut de ses 2 ans, cette enfant gardait en elle beaucoup d’angoisses et de craintes, notamment liées à la crainte de perdre sa maman, mais elle ne laissait rien paraître, jusqu’au moment où cela devenait trop dur à supporter. La moindre petite contrariété débouchait alors inéluctablement sur une décharge émotionnelle qu’elle n’arrivait pas à gérer.

Petit à petit, à force de persévérance, nous avons réussi à regagner en quelque sorte la confiance de notre fille. On a pris chaque point l’un après l’autre et elle a accepté de se rouvrir à nous. Les choses ont commencé à aller de mieux en mieux et aujourd’hui nous savons comment nous y prendre pour désamorcer les choses lorsqu’on fait face à une crise. Contrairement à ce que je craignais, nous ne nous sommes pas retrouvés dans une longue psychothérapie. Nous avons fait deux séances espacées de trois semaines. Puis une séance un mois plus tard où la psychologue a constaté, comme nous, que ça allait bien mieux. Désormais, quand nous en ressentons le besoin ou si petit koala nous le demande, nous pouvons la recontacter pour faire une séance. Sa psychologue est devenue une de ses personnes de confiance.

Pour autant, ça reste épuisant à gérer au quotidien. Je pense que n’importe quel adulte qui se sait hypersensible pourra confirmer à quel point cela peut être handicapant. Alors imaginez chez un enfant de 3 ans. Beaucoup de monde en la voyant pleurer pensera à un caprice d’enfant, ou à une enfant mal élevée. Il ne s’agit pourtant que d’une enfant qui apprend à gérer son trop plein d’émotions et l’intensité qui est liée. Si pour nous, qu’une trottinette soit restée temporairement avec son père n’est pas bien grave, pour elle, même si elle comprend bien qu’elle la récupèrera rapidement, l’émotion engendrée est difficile à gérer et, comme tout enfant, son moyen le plus simple d’évacuer est de pleurer.

Si l’hypersensibilité avait été cherchée et prise en charge dès l’enfance pour notre génération, je pense que nous aurions aujourd’hui moins d’adultes gênés voir honteux lorsqu’ils n’arrivent plus à gérer leurs émotions. Alors je pense qu’il faut dépasser nos préjugés et ne pas hésiter à aller voir un spécialiste de la petite enfance quand on se sent débordé par les réactions de nos enfants. Rencontrer quelqu’un d’extérieur aide vraiment à avoir cet autre regard primordial qui aide à aller de l’avant. Cela ne résoudra pas forcément tous les problèmes, mais parfois c’est juste la petite vis qui manque dans le rouage pour faire repartir la machine.

8 commentaires sur “Ma fille hypersensible

  1. J’adhère totalement à ta conclusion. Je ne suis pas familière des psychologues parce que, et tant mieux pour moi, je n’en ai pas eu besoin jusque-là. Mon refuge, ce sont les livres. Du coup, c’est plutôt de ce côté que j’ai cherché des réponses en faisant bien attention à diversifier les courants de pensées pour repérer les schémas communs et ne pas tout réduire aux effets « éducation à la mode ».
    Ça nous a sauvé la mise un bon nombre de fois tant il est vrai qu’un enfant qui ne s’exprime pas est compliqué à comprendre. Le malaise sous-jacent est souvent loin du problème qui déclenche la crise ! Si on rajoute la fatigue du boulot, le soir ça peut créer des situations haute tension puisque les parents n’ont pas non plus la patience et le cerveau dispo 😉
    Ce qui nous a sauvés aussi, c’est que, certes, notre fille a marché tard mais elle a parlé et bien parlé très tôt. Quel soulagement 😉
    Aviez-vous essayé se signer avec la vôtre ? Apparemment, c’est plutôt pas mal au moins pour les besoins basiques. C’est une piste.

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    1. Bonjour Virg,

      Merci pour ton retour. Ma fille est un peu comme toi, elle trouve énormément refuge dans les livres. En fonction de ses choix de lecture le soir, on arrive à peu près maintenant à cerner un peu son état, ça nous aide à etre vigilant.
      Plus jeune nous avions effectivement essayé de signer avec elle, mais malheureusement elle n’y a pas été réceptive. Clairement, ça nous a rajouté une épine dans le pied puisque l’incompréhension et la frustration décuple encore plus ses crises. On a la chance d’avoir une orthophoniste qui nous a donné de bonne piste pour réussir nous aussi a garder notre calme dans ces situations là, pour éviter l’escalade.

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  2. J ai lu des livres sur les émotions à la mienne régulièrement pour lui apprendre à mettre des mots, et lui ai appris à dessiner ce qu elle ressent (mis sur papier , l émotion perd de son intensité) ou jeter une balle quand elle est en colère etc… Maintenant elle dessine super bien et est très créative en plus ! Chaque personne est unique. Bon courage.

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  3. Je rejoins également ta conclusion. Après l’entrée à l’école de ma fille, nous ne le reconnaissions plus. Nous n’arrivons plus à gérer ses demandes, ses frustrations… Sur les conseils de notre médecin traitant, nous avons consulté une pedopsy qui nous a permis de prendre du recul sur la situation et de nous donner des clés et des pistes à essayer.
    En 1 séance pour nous, la situation s’est améliorée. Le souci ne venait pas de notre fille mais de notre inefficacité à fixer un cadre clair !
    Mais j’avoue que j’y allais aussi à reculons, avec le préjugé de « on met le doigt dans un engrenage de séances sans fin ! »

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    1. Bonjour Julie,

      je t’avoue que j’ai un peu de crainte pour l’entrée à l’école aussi. J’espère que cela ne va pas créé une régression parce qu’elle a fait beaucoup de progrès dans sa gestion des emotions.
      La crainte de ne jamais pouvoir ensuite se sortir des séances psy à l’air d’etre très présente chez beaucoup de parents, si on en parlait plus, peut-etre que moins de monde serait autant rebuté.

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  4. Que ce témoignage positif fait du bien : merci pour le partage !
    Et d’un point de vue plus personnel, je suis vraiment heureuse pour vous de lire que la situation s’apaise doucement pour toute la famille ❤

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    1. Bonjour Colombe,

      Merci, c’est très gentil. Effectivement, un an plus tard il y a eu énormément de mieux. Désormais il n’y a plus d’appréhension pour partir en vacances par exemple. On sait que les crises seront inévitables, mais on a plus de confiance en nous et surtout aucune honte à devoir les gerer en public. Je suis convaincue que nous voir serein l’aide aussi à mieux exprimer ses émotions quand elle est dépassée.

      Aimé par 1 personne

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