Lettre à toi qui vas naître

Lettre à toi qui vas naître

Il y a 5 ans, j’avais écrit une lettre à mon aîné qui s’apprêtait à venir au monde. Il était nécessaire pour moi d’apprivoiser sa venue, de mettre des mots sur mes angoisses, mes peurs liées à son arrivée. C’était un travail nécessaire. J’ai eu une grossesse pleine de rebondissements, des soucis de santé de proches, les écrits puis l’oral du CAPES, des petits soucis de santé pour moi aussi. J’en avais fait un article que tu peux lire ici dans les archives. (Oui j’ai fermé mon blog personnel, je rapatrie donc quelques articles ici sur Bribes de vies !) Et en ce mois de novembre 2021, je souhaitais repartager avec toi cette lettre qui m’a réellement libérée et aidée à accueillir plus sereinement mon petit chat. D’ailleurs, mon grand garçon a pointé le bout de son nez assez rapidement après cet article.

Lettre à toi qui va naître
Crédit photo : Mélanie Reichhart

Novembre 2016 : lettre à toi qui vas naître

« Ce matin je vais faire quelque chose d’un petit peu égoïste. Je vais t’écrire, à toi qui vas bientôt naître. A ce demi-moi et demi-Yéti qui pour l’instant ne vit qu’à travers moi.

Pourquoi est-ce égoïste de t’écrire ? Peut-être parce que cela me fait du bien d’écrire, cela écarte mes peurs et mes angoisses, même si tu ne liras jamais cette petite lettre. Oserai-je un jour te montrer mes peurs et mes faiblesses en te permettant de lire ceci ? Je ne pense pas. Cela me mettrait dans une position de vulnérabilité, chose que j’essaye d’éviter au maximum pour mon bien-être. Oui, vois-tu, je me protège beaucoup. De l’extérieur, des autres, des émotions. Pour ne pas être submergée par une mer de bruits, par un océan de demandes et d’impératifs, par un raz-de-marée d’émotions et de sentiments. Peu de personnes sont invitées à entrer dans mon havre de paix, dans mon petit cocon, ma bulle que j’ai pu construire. Peu de gens peuvent voir, entendre et partager avec moi des émotions, des joies, des peines, des histoires. Certes, il n’y a pas qu’un cercle, c’est une imbrication de cercles. Un peu comme si, à chaque niveau, on s’approche du centre, du cœur, de mon cœur, le point le plus fragile si l’on veut faire des métaphores et décrire tout cela en images. Mes proches, mes amis, et le monde extérieur gravitent autour de ce centre, se repositionnant sans cesse, pouvant faire des incursions plus à l’intérieur ou plus à l’extérieur suivant mes envies, mon humeur du moment. Mais le cœur, le noyau ne reste accessible qu’à un groupe très restreint. Seuls ceux qui y ont accès peuvent voir mes angoisses les plus profondes mais partagent aussi le plus de joies et de moments de bonheur avec moi. Ils me connaissent dans une plus grande globalité que les autres je dirais.

Et toi, toi qui n’es pas encore né mais qui bientôt feras irruption dans ma vie. Toi à qui j’écris égoïstement cette lettre pour me rassurer, pour exorciser mes angoisses. Toi, dès le début, tu vas arriver dans ce centre, ce milieu, dans lequel seuls ceux que j’ai autorisé gravitent. Toi, tu vas arriver, t’y installer et ne pas me demander mon avis. Tu vas être tout de suite parmi ceux avec qui je partage le plus et tout cela sans que nous ayons eu le temps de nous connaître.

Comment ça nous n’avons pas eu le temps de nous connaître ? Oui, nous sommes deux inconnus qui vont se rencontrer pour la première fois. Tu vas rencontrer le monde extérieur, ton père, le monde médical, nos proches qui viendront, et moi, celle qui est/sera ta mère. Mais avant, malgré le fait que tu as grandi neuf mois dans un cocon qui était mon ventre, malgré le fait que tu aies partagé un peu de mes repas, beaucoup de mes émotions et de la fatigue, on ne s’est jamais vraiment vus. Il n’y a pas eu de contact visuel, ni d’autre contact entre nous qu’un échange de sang et de nutriments. Je n’ai pas su décrypter tes émotions car je ne les voyais pas, et tu ne les ressentais pas non plus à tous les moments. D’ailleurs, tu vas en découvrir d’autres en grandissant. La naissance n’est qu’une poursuite de l’apprentissage, et je ne suis pas sûre que l’on finisse par ne plus apprendre un jour. Nous allons nous rencontrer et devoir nous apprivoiser et pas en une seconde, une heure ou un jour mais durant toute une vie. Car oui, tu es toi-même, tu es un être vivant à part. Tu ne m’appartiens pas et je ne t’appartiens pas non plus. Nous avons des corps propres, des émotions propres et des personnalités propres. Non, tu n’es pas mon prolongement malgré ce cordon qui nous relie. J’ai une image qui pourrait paraître horrible pour certains et certaines, mais pour moi cela ressemble un peu à la réalité : tu es un parasite (ou Goa’uld). Il ne faut pas y voir un sens péjoratif dans ce terme, loin de là. Juste prendre le terme pour ce qu’il est : un parasite est un être vivant qui subvient à ses besoins en utilisant un autre être vivant. Rien de plus, rien de moins. Tu es à demi-moi de part mes gènes et à demi-Yéti de part les siens. Mais ce mélange, cette addition ne donne pas un être nous ressemblant à 50 % chacun. Non, c’est une alchimie plus complexe. Cela donne un être à part entière qui peut nous paraître si différent de nous malgré les gènes communs.

Lettre à toi qui va naître
Crédit photo : Mélanie Reichhart

Nous allons donc devoir nous adapter l’un à l’autre, tout comme tu devras t’adapter aux autres et eux à toi. Toi, qui chamboules mes certitudes, mes habitudes, t’insères de suite au milieu de mon espace personnel, toi, qui n’est ni moi, ni mon Yéti, ni la somme de nous deux mais un petit bout de chacun de nous sans savoir lequel, toi, tu apportes tant de questions, de doutes, d’angoisses et malgré tout tu resteras là, tu nous apprivoiseras comme nous t’apprivoiserons. »

Ce texte a été écrit le 6 novembre, et si tu as pu lire mon ancien blog, tu sais peut-être déjà la suite. Le petit chat est né le 9 soit trois jours après cette lettre qui m’a apaisée et aidée à l’accueillir malgré des circonstances très particulières : la mort de la grand-mère de mon Yéti le 6 justement, le changement des piles du pacemaker de mon beau-père et la vérification du cancer de mon père – était-il réellement guéri ? (spoiler alert, oui). Je pense que le fait d’avoir pu baisser ma garde, accepté sa venue a peut-être bien participé à l’accélération de son arrivée ! Il était prévu pour le 2 décembre.

2 commentaires sur “Lettre à toi qui vas naître

  1. C’est une lettre touchante, où on sent toute ton ambivalence et ta vulnérabilité…

    En tout cas, je te rejoins, je n’ai jamais aimé les inscriptions « 50% maman, 50% papa » sur les bodies, car pour moi ça tend à effacer la singularité du « tout »…

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    1. Merci. Ça me tenait à coeur de la partager à nouveau. Aujourd’hui c’est un grand garçon heureux et j’ai fait beaucoup de chemin aussi. Devenir parents c’est pas simple. Cette lettre montre aussi tout ce cheminement.

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