La crise

La crise

Je suis en train de faire une crise cardiaque… Je le sais parce que j’en ai faite une il y a deux ans, et les symptômes sont les mêmes. La fatigue intense, les difficultés à accomplir des tâches du quotidien, les douleurs dans la poitrine, mon ventre qui se serre, les difficultés à respirer pendant les crises.

Je savais que je risquais une récidive, alors je l’attendais, je la guettais. La mise en place peut être longue, insidieuse. Mais je le sais, une plus grosse crise viendra d’un coup, violente, et dévastera tout sur son passage. Et là, je sens que je m’approche du moment où tout va basculer, ça me ronge de l’intérieur et ça m’empêche de vivre. J’ai peur d’en mourir cette fois-ci. Je ne veux pas mourir, mais je ne peux rien seule contre ce raz-de-marée.

Je dois voir une sage-femme pour mon suivi post-partum, alors je lui en touche deux mots. Je lui parle de mes symptômes, de mes crises. Elle ne s’en inquiète pas, sûrement juste de la fatigue me dit-elle. C’est vrai que je dors mal avec le bébé… Mais ça ne me va pas, je suis sûre de moi, c’est la crise cardiaque qui revient.
Alors je vais voir mon médecin généraliste, celui qui me suit régulièrement. Mais rien n’a l’air de clocher sur le plan physique. La fatigue, toujours l’excuse de la fatigue… Je laisse du temps passer mais je sais que je vais de plus en plus mal, je le sais et je veux qu’on me prenne au sérieux. Alors je vais aux urgences, et je demande à voir un spécialiste.
On me fait attendre, longtemps. On me fait quelques examens de routine, on me fait parler. « Je fais une crise cardiaque« , je répète, encore et encore. Pourtant, je ressors de là avec le même diagnostic : « vous êtes épuisée madame ». Seule évolution, cette fois on me prescrit des somnifères. Je ne les prendrai jamais, il faut que je puisse me lever la nuit pour m’occuper de bébé Baleineau.

Les jours passent, les semaines, et je m’enfonce dans un cauchemar. Je n’ai plus la force de m’occuper de mes enfants, je souffre constamment. Même rire aux bêtises de petit Chat devient difficile. Je ne sais plus quoi faire, on ne me prend pas au sérieux, et je commence à penser que je dois être folle. Et puis la goutte d’eau, la crise de trop, celle qui dure plus d’une heure pendant laquelle je suis roulée en boule, à ne plus pouvoir respirer, à ne plus pouvoir parler. La crise qui fait paniquer mon mari, pas encore assez pour qu’il appelle au secours, mais assez pour que la peur dans ses yeux me pénètre. Alors je décide d’en parler, et si le corps médical ne veut pas me croire, ne veut pas m’aider, alors je me tournerai vers des amies, une communauté. Et ces amies, elles me disent de forcer, d’insister, de trouver par tous les moyens un médecin qui me croira, et qui me prendra en charge. C’est ma vie que je risque à rester sans soins.

Crédit photo : StockSnap

Alors je les écoute, et je trouve un énième médecin. Sauf que celui-là ne me regarde pas comme si j’étais folle. Il me regarde comme si j’étais parfaitement lucide sur mon état, et quand il demande à son interne son verdict, et qu’elle prononce enfin « elle fait une crise cardiaque« , alors seulement là mon monde s’allège, et je retrouve l’espoir de m’en sortir. Ce médecin sait qu’il y a urgence, alors il me prescrit d’office des médicaments, et me fait prendre rendez-vous avec un spécialiste.

Ce médecin me croit. Ce médecin me sauve. Enfin.

Ça parait fou, n’est-ce pas ?

Et maintenant, je t’invite à relire en remplaçant l’expression « crise cardiaque » par « dépression post-partum ».

Cela te paraît-il toujours aussi fou ? Ou peut-être fais-tu partie de ces 20% de mères qui font des dépressions post-partum, et qui pourtant ont un mal fou à se faire diagnostiquer et accompagner dans leur état. Peut-être qu’à toi aussi, on a un jour dit que c’était juste de la fatigue, alors que tu enchaînais les crises d’angoisse et les phobies d’impulsion. Si c’est le cas, alors, sache que tu n’es pas seule.

Et si personne ne te prend au sérieux, n’hésite pas à changer de médecin, à demander de l’aide sur des réseaux spécialisés (je te conseille notamment le forum maman blues), à te faire soutenir par des amies, même des amies virtuelles, pour peu qu’elles soient issues de communautés bienveillantes. Je sais que c’est dur de se battre quand on est dans cet état, mais ça en vaut la peine, je t’assure que la sortie du tunnel est belle.

Pour ma part, c’est en associant un traitement médicamenteux à la poursuite de mon suivi psy que j’ai réussi à sortir la tête de l’eau. Parfois un psychologue suffit, ou juste les médicaments. Parfois, comme dans le cas de ma première dépression post-partum, le simple fait d’être reconnu dans ma maladie avait été salvateur. Car pour ma première DPP, il m’avait aussi fallu des semaines, et plusieurs médecins, pour qu’on diagnostique cette dépression dont je n’avais jamais entendue parler. Et la simple reconnaissance de mon statut de mère en souffrance m’avait poussé à chercher de l’aide pour gérer les pleurs incessants de ma fille (qui avait « simplement » une allergie au lait que nous avons pu gérer en quelques jours).

Alors oui, la fatigue n’aide pas, mais parfois c’est plus que ça. Et si la parole commence à se libérer sur ce mal, si les médecins commencent à prendre conscience que ce n’est pas si rare et que ça ne s’arrange pas tout seul, ce n’est pas encore suffisant pour être bien pris en charge rapidement. Le simple fait, dans mon histoire, de m’être retrouvée face à un psychiatre aux urgences, à qui je répétais que je faisais une DPP, et qui m’a donné des somnifères, en dit long sur la difficulté à faire reconnaître cette pathologie par le corps médical.

Pourtant, c’est indispensable, car c’est actuellement la deuxième cause de mortalité chez les mères… Et ça, ce n’est pas rien.

13 commentaires sur “La crise

  1. Tu as totalement raison. J en ai faite une pour ma 1ère et personne ne l a vu, moi non plus d ailleurs ignorant ce que c était à l époque.
    Je viens d avoir mon 3eme enfant et je reste sur mes gardes, je sais que la fatigue fait vriller. Je fais des phobies d impulsion…

    J ajouterai que la crise cardiaque est aussi une pathologie sur laquelle les médecins peuvent passer à côté pour les femmes. Il faut insister. J ai eu des douleurs thoraciques depuis que j ai eu le covid et on me dit que tout va bien. Mais il me reste une intuition que non. Maintenant que j’ai accouché je vais insister pour voir un cardiologue, enfoncer les portes si il faut.

    Comment te sens tu maintenant?

    J’aime

    1. Merci de ton commentaire ☺️
      Je vais mieux, beaucoup mieux. Toujours fatiguée mais rien d’étonnant avec deux enfants qui se réveillent encore la nuit, un boulot a temps plein et une maison à rénover 😅 mais j’ai le moral positif donc c’est le plus important.

      J’aime

  2. Ah ! c’est marrant, mais en lisant la première partie du texte, j’arrêtais pas de me dire : « c’est bizarre, en fait de crise cardiaque, j’ai l’impression qu’elle parle d’une dépression post-partum avec des crises de paniques et des effondrements émotionnels ». ^^

    En effet, c’est dur d’être prise au sérieux. Et non, il ne suffit pas d’attendre pour que ça passe.
    Et, non, même un mari bienveillant, ça ne suffit pas. Pas plus qu’un groupe d’ami(e)s compréhensives. La dépression post-partum est une maladie et elle nécessite une prise en charge par des professionnels avec ou sans médicaments, certes, mais avec un suivi sérieux.

    Ceci dit, ça rappelle tout de même que la crise cardiaque chez les femmes est souvent plus insidieuse que chez les hommes. Les symptômes sont plus sournois et peuvent aisément passer pour autre chose. Et, là encore, les femmes sont souvent trop peu informées sur les signes indicateurs et alarmants dont il faudrait tenir compte.

    C’est un article intéressant, tant dans son contenu que dans la forme. Merci.

    J’aime

    1. Merci pour ce retour très intéressant ☺️ et en effet j’ai l’impression que pour beaucoup de pathologies la prise en charge des femmes est moins rapide, on se dit peut être plus qu’elles sont des chochottes ou qu’elles sont plus sensibles à la fatigue, je ne sais pas… 🤔

      J’aime

  3. Merci pour ton article. C’est dommage que 3 professionnels ne t’aient pas prise au sérieux, surtout au vu de tes antecedents! Les professionnels maman ou ayant déjà rencontré des patientes dans le même état sont certainement plus sensibilisés. Je pense aussi que la « nouvelle génération » de médecins est plus sensibilisée. Je suis médecin généraliste et je participe à l’enseignement des internes de médecine générale. Lors du cours sur la santé de la femme et sur la santé psychique, c est un thème qui revient fréquemment : les internes rapportent des consultations vécues sur ce sujet et cela les intéresse.

    En tant que patiente, penser aussi à la psychologue de la maternité qu’ on peut voir à distance de l’accouchement. Elle connait les réseaux de périnatalité et de psychiatrie perinatale vers qui orienter les patientes .

    Je te souhaite d’aller de mieux en mieux et de pouvoir à nouveau profiter avec plaisir de ta famille.

    J’aime

    1. Merci pour ce retour très intéressant ☺️ effectivement il y a aussi les psys en maternité. Le souci c’est que c’était une psy qui m’avait suivi quelque temps quand nous avons perdu notre bébé étoile et avec qui je n’avais pas trop accroché, donc je n’ai pas spontanément pensé à aller la voir.

      J’aime

  4. C’est tellement triste et incompréhensible d’être si peu entende et si mal prise en charge même à l’hôpital mais quelle horreur !.. je rebondis aussi sur ton commentaire concernant l’allergie au lait de ta fille: mon fils cadet avait un fort rgo, combiné à de grosses colliques et une allergie aux protéines de lait et bien figure toi qu’avoir un bébé avec un rgo augmente les risques de faire une dépression post partum!.. nous avions personnellement été très mal encadrés par le corps médical pour cette épreuve, me faisant beaucoup culpabiliser malgré ma détresse (ex: « un rgo ça ne doit pas se médicaliser, si on donne des médicaments à votre bébé ce sera uniquement pour que vous vous sentiez mieux, et sachez qu’il y a des effets secondaires pour le bébé » ou encore « pour l’allergie aux protéines de lait, le mieux est de continuer à l’allaiter et de vous mettre au régime, eh oui même si vous reprenez le travail et que vous vivez mal votre allaitement c’est ce qu’il Faut faire ».. j’aurais presque envie d’écrire un article là dessus tellement ça me semble aberrant après coup..

    J’aime

    1. Oui, c’est aberrant. On oublie totalement les parents dans ces histoires, on oublie qu’on se plie déjà en quatre pour le bonheur de nos enfants, mais qu’on est pas indestructibles. L’aspect psychologique des parents n’est que peu abordé quand on parle de la santé des bébés, pourtant ce sont eux qui sont en première ligne, et s’ils vont mal, le bébé n’ira que plus mal.

      J’aime

    1. Merci 😊 ce qui est assez marrant ce que de mon côté je ne sais pas ce qu’est le baby blues, je n’en ai jamais eu, en général après mes accouchements il se passe deux ou trois semaines où je suis hyper heureuse et excitée. C’est après que ça se gâte, malheureusement…

      Aimé par 1 personne

      1. C’est des crises de larmes sans savoir pourquoi, c’est passé du rire aux larmes sans savoir pourquoi non plus, c’était une période difficile je pense surtout pour mon entourage qui ne comprenait pas ^^ Je pense que le baby blues c’est le moindre mal parce que ça passe vite (quoi que chez certaines ça peut se transformer en DPP…) !

        J’aime

  5. Je suis maman et MG, et pour avoir fait une DPP (dont il me reste des traces – je ne veux pas de second enfant par peur d’y retourner) ton article résonne au moins doublement.
    Triplement, parce que oui les crises cardiaques chez les femmes…

    On a un vrai problème avec la santé mentale en médecine en fait. Quand une personne vient avec des problèmes « physiques » on lui dit que c’est dans sa tête, et si elle expose un problème de santé mentale on trouve qu’elle exagère.
    Genre la santé mentale c’est comme les frites MC cain, c’est ceux qui en parlent le moins qui rn souffrent le plus , c’est ça ?

    Oui les jeunes générations de médecins sont plus sensibilisés. Les femmes, surtout maman, peuvent l’être aussi. Mais ya un effet pervers du bahmoijaieudesgossesetjevaisbien aussi. Voire jenaichiétuenchierasaussi, encore plus dégueulasse. Syndromes très fréquents chez les soignants, qu’on éduque à marcher sur leur propre santé en les persuadant au passage que ça leur donne une supériorité morale sur leurs patients, êtres faibles incapables de taire leurs émotions à coups d’alcool, de benzo, de complexe de dieu et de crédit de santé de mentale.

    Bref ya du boulot. Beaucoup.
    Le principal est que tu aies pu trouver quelqu’un qui ecoute; et puis un début de solution.
    Mais ça me fait rager qu’il ait fallu sonner à autant de portes.

    Courage à toi !

    J’aime

    1. Merci beaucoup 😊
      Ce que tu dis est très vrai. J’ai beaucoup de personnes travaillant dans le milieu médical dans ma famille, et j’ai déjà remarqué effectivement ces effets, qui sont d’autant plus douloureux quand c’est des proches et qu’on s’attend à recevoir un minimum d’empathie….

      Je comprends aussi parfaitement la peur d’avoir un autre enfant, je me suis de mon côté beaucoup posé la question apres ma fille. Mais comme je suis tombé enceinte de mon bébé étoile par surprise, je n’avais plus le choix, et j’étais déterminé à ne plus laisser une DPP s’emparer de moi sans réagir. Malheureusement, je ne m’attendais pas à ce que ce soit le milieu médical qui soit réticent à me suivre… 😣

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s