Quand on a des soucis d’argent

Quand on a des soucis d’argent

Aujourd’hui, je t’écris un article un peu intime et pas forcément très évident. Je l’écris de manière anonyme car je suis plus à l’aise comme ça, mais si tu fréquentes le blog assidûment, tu reconnaîtras sans doute mon style.

J’avais envie (besoin) de te parler d’un sujet qui génère beaucoup de stress depuis pas mal de temps : les galères de sous.

Alors je vais tout de suite relativiser : j’ai un toit sur la tête et mes enfants aussi. Nous mangeons à notre faim, nous nous chauffons l’hiver, ma voiture est fonctionnelle, mon logement n’est pas une passoire thermique et tout le monde a des vêtements sur le dos. Le minimum vital est assuré.

Ce qui me manque, en revanche, c’est le reste : les petits plaisirs, la sérénité de savoir que nous pouvons faire face aux dépenses inattendues et une marge de manœuvre.

Nous sommes cinq à la maison et, si nous faisons le calcul : nos deux salaires + les allocations – le crédit de la maison – le salaire de notre assistante maternelle – toutes les charges fixes = un « reste à vivre » qui oscille entre 1 000 € et 1 500 € par mois. Une somme dans laquelle nous devons faire rentrer l’essence, les courses, la pharmacie, le lait en poudre, la nouvelle paire de baskets pour l’école et tout le reste ! Et 1 500 € à cinq, ça part très, très vite.

Alors oui, ça pourrait être pire, oui, plaie d’argent n’est pas mortelle. Mais en fait, je sature… Je sature de devoir compter tout le temps, pour tout. Je sature de ne pas avoir de coussin de sécurité, de ne pas pouvoir faire face aux imprévus et de faire une crise d’angoisse à chaque fois que je dois aller chez le garagiste.

Je sature de devoir tout payer en trois ou quatre fois sans frais. Je sature d’avoir dû souscrire en urgence un crédit à la consommation à un taux complètement hallucinant ; j’en ai marre des démarches avec la banque pour trouver des solutions, augmenter notre plafond de découvert, faire des virements d’un compte à l’autre pour des cacahuètes. J’en ai marre de sortir mon tableau Excel tous les mois en essayant de me demander combien on va pouvoir dépenser et comment on va faire pour ne pas finir en négatif.

J’en ai marre de faire les courses en comptant tout, en comparant tous les prix, en me disant que « tel article est 1 € moins cher chez un autre distributeur », en regardant les promos… J’en ai marre de ne jamais faire un plein d’essence complet. J’en ai marre de me dire que ça ira mieux le mois prochain alors que je sais très bien que non…

J’en ai marre que les enfants se rendent compte de cette réalité, bien qu’on fasse tout ce qu’on peut pour que ça ne les impacte pas.

Cette situation m’ajoute une charge mentale, un stress et une angoisse qui, à certaines périodes, sont quasiment continus…

J’ai longtemps culpabilisé en me demandant comment on en était arrivé là, si on n’avait pas été assez prudents, trop dépensiers, si nous avions fait de mauvais choix. Je prends du recul maintenant en me disant que nous ne sommes pas responsables de cette situation et que nous faisons au mieux avec ce que nous avons. Sans pactole de départ, sans famille pour nous aider et avec des salaires dans la moyenne basse…

Il y a quelque chose de très frustrant, et même de profondément révoltant, dans le fait d’avoir 40 ans, deux travails à temps plein et de ne pas arriver à boucler les fins de mois. Mais je ne suis pas aveugle, je sais bien que c’est le cas de nombreuses familles…

Alors oui, je suis devenue la reine de la débrouillardise, des applis de dons, de Leboncoin, des friperies et autres solutions du même genre. Mais je serais de mauvaise foi en disant que je fais ça par conscience écologique plus que par nécessité.

Alors non, je n’ai ni envie ni besoin d’un sac à 1 000 € ou de vacances à l’autre bout du monde dans un hôtel cinq étoiles. Par contre, je voudrais pouvoir partir une semaine à cinq l’été pour nous dépayser un peu. Je voudrais me faire un énorme plein de courses chez Picard pour avoir du stock et ne plus me demander ce que je fais à manger le soir. Je voudrais pouvoir me faire livrer un plat tout fait les soirs de flemme. Je voudrais pouvoir aller chez Ikea racheter des meubles pour organiser les chambres des enfants qui débordent de partout. Je voudrais pouvoir aller voir ma meilleure amie en Bretagne sans économiser pendant six mois.

Tu l’auras compris, cette situation me pèse et, clairement, à court terme, je ne vois pas énormément de solutions. Nos salaires ne vont pas augmenter d’un coup, les charges ne vont pas baisser et je n’ai malheureusement pas de tante pleine d’argent sur le point de décéder.

J’essaie vraiment de relativiser, de me dire que finalement l’argent est un moindre mal, que j’ai un mari extraordinaire, trois enfants en bonne santé, un boulot qui me plaît. J’essaie de me concentrer sur l’essentiel, de me dire que l’argent ne fait pas le bonheur et que je n’ai pas besoin d’une nouvelle robe…

Mais parfois, j’aimerais juste arrêter de compter. Arrêter d’être en PLS à chaque plein de courses, arrêter de me demander si on pourra absorber la prochaine tuile, arrêter d’avoir cette boule au ventre dès qu’une dépense imprévue se présente. Je n’attends pas de devenir riche. J’aimerais simplement retrouver un peu de légèreté. Parce que finalement, ce qui me manque le plus aujourd’hui, ce n’est pas l’argent. C’est un peu de sérénité.

Image par StockSnap de Pixabay

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