Dire aurevoir à la toute petite enfance
Avec mon mari, on a fait le choix, en devenant parents, d’avoir trois enfants d’âges (très) rapprochés. Nous avons eu 3 enfants en 3 ans et 5 mois. Il y a 18 mois d’écart entre l’Elu et Numérobis, et 22 mois entre Numérobis et Bébé Panda Roux. C’est un choix assumé et qu’on referait sans aucun regret. Si à la naissance de notre petit troisième, je partageais ici le deuil difficile de la dernière grossesse, des dernières « premières fois », aujourd’hui, je pense que l’on peut dire que l’on sort enfin de la toute petite enfance, et que j’en suis contente.

Aujourd’hui, Bébé Panda Roux a l’âge que son grand frère avait quand il est né : 3 ans et demi. Cela faisait donc 7 ans que je baignais dans la toute petite enfance, que j’étais sous sa direction. J’ai vraiment adoré cette période : la découverte de mes nouveau-nés, l’émerveillement face à leurs progrès et apprentissages, les moments câlins, l’allaitement, et même les passages plus complexes : les dents, les premiers maux, l’endormissement compliqué etc. Mais ça, c’était avant. Car maintenant, mes garçons ont respectivement 7 ans, 5 ans et demi et 3 ans et demi, et on peut dire qu’une grosse partie des joies de la toute petite enfance est derrière nous.
Bien sûr, ils restent petits, et encore dans la petite enfance, la fameuse tranche des 0-6 ans, pour deux d’entre eux. On a encore des couches la nuit, des endormissements parfois compliqués et Bébé Panda Roux (que je vais renommer Petit Panda Roux, car je vous explique justement qu’il n’est plus un bébé !) réclame encore qu’on le porte à la moindre occasion. Il ne faudrait pas en effet qu’ils soient indépendants trop vite, faut pas déconner ! Mais quand je regarde derrière moi, je constate qu’on a dit aurevoir à pas mal de choses. On ne doit plus avoir la poussette dans le coffre ni penser au paquet de couche quand on sort. Il n’y a plus besoin de se soucier du temps de sieste, même si sur le papier, Petit Panda Roux est sensé encore faire la sieste, il peut désormais la sauter sans que cela ait trop de conséquences. À la maison, un des seuls vestiges de cette période révolue est sûrement la table à langer, que l’on va très certainement transformer (on avait choisi la table à langer Ikea qui se transforme en bureau) d’ici cet été. D’ailleurs, à bien y réfléchir, si je traîne peut-être un peu à la « supprimer » c’est sûrement pour garder encore un peu le côté « bébé » à la maison.
Et pourtant, comme je le disais, cette période ne me manque pas. J’ai longtemps cru que ça allait me manquer énormément, que je n’arriverai pas à me faire à l’idée de ne plus vivre tout cela. Mais ce n’est finalement pas le cas. J’ai eu plusieurs signes qui m’ont fait comprendre que j’étais passée, sereinement, à autre chose. La première fois, j’étais avec mes deux aînés, au parc d’attraction près de chez nous. On y est allé « les mains dans les poches », c’est à dire sans poussette ou porte-bébé, sans affaires de rechanges, sans petit pot pour le goûter… J’avais juste un petit sac à dos avec les gourdes. J’ai ressenti un immense sentiment de liberté et de légèreté. Un autre signe qui m’a fait prendre conscience que, les bébés, c’était fini pour moi, c’est lors d’une soirée entre copines, quand l’une d’elle était avec son bébé de moins de 6 mois. C’est quelque chose que j’avais fait des dizaines de fois, et là, d’être de l’autre côté, c’est à dire celle sans enfant, ça m’a soulagée. J’étais contente de ne pas avoir à gérer la tétée à table au restaurant, le bébé sur moi pendant que j’essaye de manger mon plat sans me salir ou lui en mettre plein sur la tête, les pleurs à calmer… Là aussi, je me suis sentie libre. Alors que lorsque j’étais à cette place, je ne me sentais pas pour autant prisonnière. Mais j’ai compris que ce temps là était révolu pour moi. J’avais suffisamment donné.
L’arrêt de la crèche pour notre petit dernier a aussi été un symbole fort et marquant de cette fin de la toute petite enfance. Petit Panda Roux a continué à y aller quelques mercredis au début de la petite section. Mais aux vacances d’avril, nous avons du accepter l’évidence : il n’y avait plus sa place. Là aussi, nous avons donc dit aurevoir à presque 7 années dans cette crèche, sans interruption, nos enfants s’étant succédés avec même des temps en commun plus ou moins longs en fonction des enfants. Bien évidemment, ce fut pour moi que cet arrêt fut le plus difficile à encaisser. Les enfants passent très vite à autre chose.
Je suis une maman très investie auprès de mes enfants. Du coup, eux aussi m’ont énormément investie (parfois trop, ah ah !). Concrètement, cela se traduit par un besoin constant d’être auprès de moi, de m’interpeller, de me coller etc. Je suis sûre que tu connais ça toi aussi ! Ils ont beau être trois et donc avoir toujours quelqu’un avec qui jouer, il faut constamment qu’ils viennent s’assurer que je n’ai pas 2 minutes de temps libre à perdre et sont donc souvent pour ne pas dire toujours, dans mes pattes. Mais comme je le disais, ils grandissent, ça y est. Ils arrivent peu à peu à se détacher de moi et je retrouve donc un pseudo sentiment de liberté. Si je ne suis pas encore en mesure de pouvoir les laisser à la maison pendant 2 heures, le temps d’aller me faire masser au salon de massage du village d’à côté (vivement l’adolescence pour ça !), j’arrive désormais à faire autre chose que m’occuper d’eux.
Bon, soyons honnête, ce « quelque chose d’autre » est rarement de passer 2 heures rien que pour moi dans mon bain à rêvasser. C’est plus souvent de pouvoir juste cuisiner un truc sympa sans être dérangée toutes les 3 minutes par l’un ou l’autre parce que « maman il m’a tapé » « oui mais il a pris mon zeu » « mais non c’est pas vrai tu t’en servais même pas » « si d’abord t’es nul gros bébé cadum ». Mais rien que ça, c’est appréciable. Jouissif même. Et je suis même moins fatiguée, au point d’avoir pu reprendre la lecture, chose que j’avais abandonné (ou presque) depuis la naissance de l’Elu.
Je ferme donc ce chapitre de notre vie de famille. Il fut magnifique et intense. Je n’en garde que de beaux et doux souvenirs. Et j’ouvre avec plaisir le nouveau chapitre, parce que l’histoire continue. On a toujours un pied en maternelle, mais nous sommes maintenant des parents rôdés pour l’école primaire. On garde un œil sur les Duplo, mais on a un véritable musée de Lego à la maison. Nous sommes dans cette belle période où les enfants grandissent, continuent à s’émerveiller des choses qu’ils découvrent, seuls ou grâce à nous. Cette phase où ils gagnent en autonomie en pouvant s’habiller seuls le matin, mais ont encore besoin de nous pour d’autres choses. On peut enfin partager des jeux de société sympas en famille, même si Croque-Carotte n’est pas très loin pour une petite partie de temps en temps. Je savoure donc encore ce nouveau chapitre, car je sais désormais qu’ils s’enchainent très vite. Aujourd’hui, certains enfants de nos amis en sont au chapitre des études supérieures et du premier studio à 800km du nid familial… Je ne suis pas encore prête pour celui-là ! Chaque chose en son temps.
PS : il s’est passé exactement 6 mois entre le jour où j’ai démarré ce brouillon d’article et le jour où je le finalise. L’Elu a désormais 7,5 ans, Numérobis vient de fêter ses 6 ans et Petit Panda Roux a déjà soufflé sa quatrième bougie. Preuve que je n’ai pas encore gagné suffisamment de temps rien que pour moi ! Ah ah, allez, à dans 6 mois peut-être !
