La maternité et moi – Partie 2

La maternité et moi – Partie 2

Je t’avais laissée la dernière fois face à mes doutes concernant la maternité. Voici la fin de ma réflexion actuelle sur le sujet (je n’aurai jamais fini d’y réfléchir, évidemment, mais je sais que j’en suis là pour l’instant).

La peur chasse l’amour, l’amour chasse la peur.

Après y avoir réfléchi encore et encore, et aussi en couchant quelques idées en vrac sur le papier, j’ai compris que ce que je ressentais était en fait de la peur. Peur du risque représenté par cette plongée dans l’inconnu. Peur de perdre ce que Monsieur Fernand et moi avions en introduisant de nouveaux éléments dans notre vie de couple sans problème. Peur de devoir assumer majoritairement seule l’éducation, le ménage, les bobos, les gamelles, en continuant à travailler comme avant. Peur de me laisser submerger par mes mauvais côtés et d’être une mère abominable.

J’avais beau en parler avec Monsieur Fernand, nous avions du mal à nous comprendre. Pour lui, avoir des enfants était une aventure que nous entreprendrions à deux. Hors de question de me laisser tout assumer. Et pas besoin de s’en faire pour des problèmes qui n’arriveraient peut-être jamais. Quant à nous deux, nous nous étions mariés, nous nous aimions, et nous comptions bien faire en sorte que cela dure jusqu’à la fin de notre vie ensemble. Aucune raison donc que nous nous séparions suite à l’arrivée d’enfants dans notre vie, il nous faisait confiance pour désamorcer les conflits et régler les gros soucis. Tu l’auras compris, Monsieur Fernand est un optimiste résolu !

Pour moi, bien que je fasse confiance à Monsieur Fernand et que je l’aime plus que tout, je n’étais pas aussi sereine. Après tout, d’autres couples qui s’aimaient très fort aussi étaient passés par là et avaient malheureusement dû se séparer. Je n’avais pas le sentiment que le jeu en valait la chandelle. Toute cette fatigue, toute cette peine, pour créer un nouvel être humain, pollueur (malheureusement, difficile d’avoir zéro impact de ce côté avec notre mode de vie) et potentiellement mauvais (soit par ma/notre faute soit parce qu’il aurait fait des choix en désaccord total avec toutes les valeurs que nous défendons)… Est-ce que ça valait le coup ?

Crédit photo : Sepph

Et un jour, je méditais et j’ai entendu cette citation : « La peur chasse l’amour, l’amour chasse la peur. », attribuée à Aldous Huxley.

C’est la première fois qu’une citation trouve une résonnance aussi immédiate en moi. Pourtant, dès que je l’ai entendue, je l’ai transposée à mon cas automatiquement. Et finalement, je n’ai plus eu peur. Je ne sais pas expliquer le déclic que j’ai ressenti à ce moment. Mais entendre ces mots m’a permis de réaliser une bonne fois pour toutes que la famille que moi et Monsieur Fernand voulions créer ne serait pas une reproduction du modèle familial dans lequel j’ai grandi. Monsieur Fernand serait là, et nous assumerions à deux les tâches du quotidien et tout ce qui me faisait si peur. Il serait mon partenaire, non un boulet (j’exagère évidemment, je ne vois pas mon père comme un boulet, mais si l’on se base uniquement sur sa participation aux tâches ménagères quand j’étais adolescente, il était plus passif qu’actif et c’est bien cette passivité qui m’effrayait). Si nous devions être confrontés à des épreuves, nous lutterions ensemble.

La maternité et moi aujourd’hui

Grâce à cette évolution de mon état d’esprit, j’envisage aujourd’hui la maternité comme une nouvelle étape dans ma vie d’être humain. J’essaie de voir le positif au maximum (même si l’idée de perdre mes précieuses heures de sommeil n’est toujours pas réjouissante) et de l’envisager comme un dépassement de moi-même. Ça ne sera pas facile tous les jours, mais je suis maintenant persuadée qu’avoir des enfants et devenir parent me fera découvrir un aspect de ma personnalité que je ne connaissais pas jusqu’alors, et qui ne manquera pas de me surprendre.

Une autre réflexion est venue alimenter celle-ci : ma vision de la société future. Je suis heureuse de vivre à mon époque (pas de « c’était mieux avant » pour moi, l’Histoire m’a suffisamment appris que NON ce n’était pas du tout mieux avant), mais je crois que notre société peut encore être améliorée. Et bien que cela passe aussi par moi, mon mari et mes amis, cela passera forcément aussi par… nos enfants. Si je compte sur les autres pour former les futurs éléments de notre société, il ne faut pas que je m’attende à ce qu’ils leur enseignent exactement ce que j’aimerais transmettre de mon côté à mes enfants. Si je dois grossir le trait, je dirai que la meilleure façon d’être sûre que mes valeurs se retrouveront dans la société de demain… c’est de créer et élever moi-même les individus de demain (mais ne comptez pas sur moi pour en faire plus de deux grand max, hein !).

Et c’est pour ça que quand Monsieur Fernand m’a demandé au printemps dernier si j’avais envie d’essayer d’avoir un bébé avec lui, j’ai dit oui. Il semble que la vie soit plutôt de notre côté sur le coup, puisqu’un mois après j’étais enceinte et nous nous préparons à accueillir un petit nous au mois de mars. Peut-être que j’aurai bientôt d’autres réflexions à te soumettre ?


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13 commentaires sur “La maternité et moi – Partie 2

  1. Déjà, mes félicitations pour le bébé à venir !
    Ensuite, oui, tu vas être crevée. Oui, il va chouiner et te taper sur les nerfs. Oui, vous le laisserez peut-être à garder avec soulagement. Mais, oui, aussi, il te fera fondre. En ce moment, notre fille est un « monstre » la semaine et tombe dans la « mignonitude » la plus complète le weekend 😉
    On dit souvent que les enfants obligent à revoir ses propres priorités. Mais je me rends compte que c’est une bonne chose en réalité. Mon mari et moi étions ensemble depuis 16 ans quand nous avons eu notre fille, je te laisse imaginer combien nous étions installés dans nos habitudes, notamment d’adultes. Ces derniers mois (Covid (plus de nounou du tout donc télétravail avec enfant en bas âge de mars à août), couplé à un déménagement et à un changement de boulot pour mon mari) ont été hyper difficiles. Mais tu sais quoi ? Ma fille nous a obligés, et c’est une bonne chose, à dire stop à nos patrons, à nos clients, etc. à tout ce qui envahissait notre quotidien. Elle nous a obligés à prendre le temps de préparer le repas, de se promener, de jouer, de rire, de prendre une semaine de vacances à l’arrache en camping alors que l’on n’était pas à jour du boulot. Elle nous a obligés à vivre tout simplement.
    Et qu’est-ce que ça nous a fait du bien ! Bien sûr, après tu cours pour rattraper le boulot mais tu es mieux dans ta tête. Sans un enfant au milieu de tout ça, nous nous serions comportés en adulte, c’est-à-dire que nous aurions foncé tête baissée dans le boulot. Qu’est-ce qui est le mieux ?
    Quant à l’avenir, je me suis rendu compte qu’elle m’avait poussée à réviser sérieusement la qualité et l’origine des aliments que j’achète, puisque, si j’accepte de manger n’importe quoi, il est hors de question de faire pareil avec mon enfant. De la même manière, je fais attention à beaucoup plus de choses, je suis passée aux culottes de règle lavables, aux couches lavables en mixte au moins, aux lingettes lavables, etc. parce que je veux lui donner un avenir tout simplement et un planète sympa où vivre.
    Je n’avais pas pensé à ton point de vue, c’est-à-dire « participer » à la création des adultes de demain. C’est vrai aussi.
    Pour finir et puisque je suis aussi passée par tous ces questionnements, et mon mari encore pire, j’ai tendance à dire que, tant qu’on se pose plein de questions, c’est qu’on n’est tout simplement pas prêt à être parents. C’est quand on commence à se dire que finalement, on trouvera des solutions, ça passera, etc. qu’on est prêt 😉 puisqu’alors les peurs viennent au second plan.
    J’espère que ta grossesse se passe bien, dans cette période, ce n’est pas évident quand le papa ne peut pas assister à tous les exams.

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    1. Merci beaucoup Virg ! Je suis contente que toi et ton chéri ayez trouvé un équilibre avec votre petite, surtout pendant le confinement ! Tu as sûrement raison pour le fait d’arrêter de se poser des questions, mais je nuancerai en disant qu’en fait, on se pose toujours plein de questions (est-ce que c’est le bon choix, est-ce que ça lui convient, est-ce que je ne suis pas trop dure…) mais qu’on se concentre sur les solutions lorsqu’on est vraiment prêt à se lancer (puisque, comme tu l’as dit, avoir peur passe au second plan) 🙂

      Pour répondre à ta question, oui, la grossesse se passe bien (je croise les doigts !), et pour l’instant, le papa a pu assister à tous les examens importants (les échos, les premiers RDV sage-femme et entretien périnatal) ! J’espère que cela va continuer ainsi, je serais vraiment triste qu’il ne puisse pas vivre ce moment pleinement avec moi et notre « mini-nous » (il l’a conçu à 50% tout de même 😉 ).

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  2. Ton cheminement est vraiment très intéressant.

    J’avais un peu la même crainte que toi sur ce qui est de la charge mentale et de la répartition des tâches et je dois avouer que ca s’est confirmé. Mon chéri a été parfait pendant ma grossesse: alors que je n’avais pas de désagrément particulier, il a pris sur lui de faire toutes les courses, organiser les repas et à mis dans son calendrier tous les rendez vous médicaux pour pouvoir m’accompagner.
    Quelques semaines après la naissance, nous étions revenus à une répartition plus équitable : 50% des tâches ménagères environ et 50% des soins/temps avec bébé sur ses horaires de présences à la maison. Il avait bien intégré que j’étais en congé parental et nom femme au foyer. Par contre, il m’a laissé gérer seule la charge mentale: achat des vêtements, faire les listes de courses, prévoir les repas, prévoir l’évolution du bébé (diversification, cadeaux, sorties…), les temps de garde de bébé pour qu’on ait du temps à 2. Il était clairement plus suiveur que meneur.
    Pour changer cela, j’ai mis en place deux choses :
    – Essayer de communiquer plus et plutôt (plus efficace de lui dire: « j’ai l’impression de tout gérer et j’en ai marre » que de péter un plomb et de lui crier dessus quand je craque !)
    – j’ai créé une liste des tâches importantes que l’on se réparti (et on rediscute l’organisation régulièrement). Dans ma liste il y a des trucs très simples : vider la poubelle à couches, acheter les vêtement de bébé, prévoir notre prochaine sortie de couple, prendre les rendez vous médicaux, changer les draps, faire les listes de courses, organiser des activités à 2 ou à 3… et des fréquences.

    Je reste persuadé que les couples qui éclatent après la naissance des enfants se seraient séparés de toutes façons. C’est juste que la parentalité mais en avant tout ce qui ne marche pas dans un couple.
    Nous, pour préserver la flamme, on a décidé de confier souvent bébé pour sortir à 2 (bon, ce fut plus compliqué avec le Covid !). Notre première sorte sans bébé c’était quand il avait 1 semaine (1h seulement mais c’était chouette) et notre première nuit dehors quand il avait 5 mois. Pour nous ca voulait dire, trouver des gens de confiance autour de nous et dès sa naissance l’habituer à voir d’autres personnes, à changer de bras. (Bébé fut très coopératif, sinon on aurait probablement revu notre façon de faire!)

    J’espère que ta grossesse se passe bien et que tu profiteras à fond de votre vie à 3 !

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    1. @Laura je partage ton point de vue sur les couples qui se séparent après la naissance de bébé. Je pense, à voir si c’est vrai, que, la parentalité révélant le pire comme le meilleur de nous (j’ai découvert que je pouvais être trèèèèès patiente mais aussi la limite de ma santé nerveuse 😉 ), elle ne fait que révéler des failles préexistantes.
      Une autre question peut toutefois intervenir et touche à l’intime, à ce que l’on a le plus de mal à gérer : l’éducation. On a tendance à reproduire des schémas familiaux sans forcément avoir le recul pour les remettre en question, attachement aux parents, toussa toussa. Du coup, ça peut clasher si l’autre parent a une vision différente. Je conseille vraiment d’en parler avec ouverture et recul parce que ça peut être douloureux mais rien n’est réellement grave là-dedans quand on y pense. Dans notre couple, on ne lâche pas sur ce qui est vraiment important pour nous, pour moi, par exemple, ne jamais mettre la pression sur la nourriture, pour mon mari, la politesse, mais on discute très librement en argumentant et en prenant le temps de la réflexion en cas de désaccord.
      Finalement, on en revient toujours au même : communication et respect de l’individu en face de soi.

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      1. Comme toi, nous avons eu un enfant après 14 ans de vie de couple. Donc on avait déjà pas mal discuté de l’éducation et on était plutôt d’accord.
        On a aussi beaucoup discuté de l’éducation que nos amis et familles donnent à leurs enfants et on se met d’accord sur ce qu’on veut et ne veut pas faire. Ça nous aide beaucoup.
        Er je suis totalement d’accord : respect et communication avec son partenaire. Et je rajouterai: empathie et obstination avec son enfant !

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    2. Merci beaucoup Laura !! Arf, c’est effectivement un risque, surtout dans le système français qui ne donne pas autant de place au papa à la naissance qu’il le faudrait (petite victoire a priori pour juillet prochain, espérons que cela continue dans ce sens !!). Merci pour tes astuces pour éviter de se faire submerger par le problème ! Tu as raison (et ce n’est pas pour rien que tous les articles qui parlent du sujet le mentionne), la communication est bien la clé pour conserver une relation saine.

      Je ne sais pas si tous les couples qui éclatent après une naissance se seraient séparés de toute façon : on a vu des couples éclater après une deuxième ou une troisième naissance, pour des raisons très diverses ! Mais je suis d’accord sur le fait que la naissance d’un enfant (en fait, tout événement un peu important dans la vie d’un individu) peut entraîner une cristallisation de tout le négatif au sein d’une relation. Ca n’est pas facile de rester « couple » en devenant « parent », je suis contente de voir que vous y parvenez et je me note vos idées pour nous 😉

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      1. Hum, ici long congé parentaux de 9 mois chacun (dont 2 mois à 50% pour la passation de pouvoir) donc le système français n’est pas en cause.
        Ce que j’ai adoré de la part de mon mari, c’est qu’il a compris dès le début que s’occuper d’un bébé est très fatigant donc même lorsque j’étais à la maison et lui travaillais, on faisait toujours 50% pour les nuits ! (Au départ un bib sur 2 et quand il n’y avait plus qu’un bib la nuit, une nuit sur deux.) Et ca clairement, je suis une des seule des copines à l’avoir eu alors que ca me parait la base (à part bien sûr pour un chirurgien ou pilote de formule 1…)

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        1. C’est chouette comme système de faire 1 bib sur 2 la nuit! Mon mari était motivé pour faire ça aussi mais au final j’ai allaité jusqu’à ce qu’il fasse ses nuits donc ca ne s’est jamais fait (je précise que je n’avais perso pas du tout envie de tirer mon lait). Par contre il m’aidait à chaque tétée nocturne (il allait chercher le bébé dans le berceau, m’aidait le m’installer avec le coussin, ramenait le bébé après..) et quand le bébé ne voulait pas se rendormir on faisait 1 fois sur 2 pour la « corvée du bercage sans fin » ^^

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          1. @ Raphaëlle:
            Ici pas d’allaitement donc on a commencé dès le retour de la mater. On s’est casé sur ce qu’on préférait (moi clairement celui de 1h-3h, lui plutôt ceux de 23h et de 4-6h).
            Je trouve ça vraiment bien que ton homme se soit investit dans l’allaitement. J’ai plein de copines dont les maris pensent que le bébé fait ses nuits car eux ne font rien et peuvent dormir toute la nuit !
            Et souvent quand bébé grandit, les papas sont moins à l’aise car ils ont moins l’habitude et continuent à se reposer sur la maman ! C’est dommage pour toute la famille.

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  3. Après ton premier article j’avais hâte de comprendre ton cheminement vers ce ‘revirement’. En effet, je me retrouve complètement dans tout ce que tu décris, les peurs, les questionnements… mais contrairement à vous, nous avons une vision très pessimiste de l’avenir, et même si je te rejoins sur le fait que ce sont nos enfants qui participeront à batir le nouveau monde, je pense qu’il est déjà trop tard pour remonter la pente très glissant sur laquelle nous nous trouvons. Aussi merveilleuses soient les joies de la parentalités, nous avons bien trop peur de vivre une crise économique et écologique sans précédent pour élever un enfant en ce moment… Peut-être que les prochaines années me feront changer d’avis, qui sait ?

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    1. Merci pour ton commentaire Lola !
      Je comprends qu’avec une vision moins positive que la nôtre, vous hésitiez beaucoup plus à vous lancer dans l’aventure. Chacun a ses propres angoisses, et son propre degré d’évaluation de la situation (sans parler de sa situation personnelle !! travail, entourage, lieu d’habitation, etc). J’espère de tout coeur que la décision que vous prendrez vous conviendra à tous les deux 🙂
      De toute façon, je reste persuadée qu’on peut vivre une vie très épanouissante sans enfant, et que les personnes qui font ce choix seront tout aussi heureuses que celles qui ont des enfants ^^

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  4. Ah oui, là encore je me reconnais dans cette peur : peur de l’inconnu, peur de perdre l’équilibre du couple, et, dans mon cas, peur que ce bébé prenne toute la place dans le coeur de son papa et n’en laisse plus pour moi….
    Quant aux réflexions par rapport à un monde meilleur grâce aux valeurs transmises à nos enfants, je t’y rejoins pleinement !

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