Complète ?

Complète ?

La semaine dernière, j’ai reçu un dossier d’inscription, et j’ai réalisé de façon concrète ce que je savais déjà : en septembre, Chaton rentrera à l’école. Tous nos enfants seront alors scolarisés.

Je te passe l’émotion qui m’a étreinte à l’idée de voir mon petit dernier partir lui aussi le matin avec son cartable et sa boîte à goûter, ce qui m’a percutée cette semaine c’est surtout qu’en septembre, il n’y aura officiellement plus de bébé à la maison.

Nous ne partagerons plus nos trajets entre crèche du quartier et école de la ville voisine, finies les transmissions de fin de journée, l’arrivée du matin en se jetant dans la piscine à balles avant de lire une histoire sur les genoux de l’une des éducatrices, fini ce statut de « plus grand des petits », il passe désormais dans la cour des grands, même s’il y sera le plus petit.

Je n’ai jusque là pas eu de mal à voir mes enfants grandir, je m’émerveille de chaque rentrée à l’école, de la première poésie, de leur autonomie grandissante. J’ai fondu la première fois que Biquette a lu une histoire à ses frère et sœur d’un ton hésitant, suivant les mots avec son doigt. Non, vraiment, ce n’est pas de le voir grandir qui étreint mon cœur aujourd’hui. C’est simplement l’idée de ne plus être la maman d’un bébé.

J’ai toujours cru qu’un jour nous nous sentirions complets. Que le renoncement à l’enfant suivant n’en serait pas vraiment un puisqu’il serait naturel, et qu’en regardant notre famille, il nous serait facile et évident de nous dire qu’il n’y aurait pas d’enfant suivant.

Aujourd’hui, ce n’est pas si évident que cela. Si l’idée même d’être de nouveau enceinte m’effraie bien plus qu’elle m’enthousiasme pour des millions de raisons, je dois reconnaître qu’il m’est difficile d’accepter qu’une page de ma maternité se tourne, sans doute définitivement. Je n’aurai plus de tout petit blotti et dépendant, il n’y aura plus ces apprentissages tellement drôles du langage, nous n’observerons plus un nouveau caractère se former, ni le développement d’une nouvelle alchimie dans la fratrie. Je ne serai plus cette maman-là, et si je resterai sans doute toute ma vie une maman louve, il me faut désormais apprendre à ne plus avoir de petit.

équitation, cavaliers
Crédit photo : Helena Lopes

En contrepartie, il faut avouer que la gestion des couches, les nuits hachées, les pleurs que l’on n’explique pas, la logistique, la ré-adaptation de notre rythme familial au rythme d’un nouveau-né, rien de cela ne me manque.

Aujourd’hui, je suis bien incapable de dire si je me sens complète. Je n’en sais rien. Je n’ai pas cette évidence dont certaines parlent en regardant mes enfants. La seule chose que je sache, c’est que contrairement à ce que je ressentais dans les mois précédant la conception du Chaton, je n’ai pas d’évidence inverse en voyant Paul avec le bébé d’une amie dans les bras. Mon cœur se serre d’émotion à l’idée de ne plus avoir de petit à la maison, mais il ne hurle pas non plus un désir de maternité supplémentaire.

J’essaie de regarder ma maternité sous un œil différent, de regarder plutôt ce qu’elle devient et de m’en émerveiller autant que je m’émerveillais de ma maternité de petits. Je me répète régulièrement que mes enfants ne m’appartiennent pas, que je n’ai pas à vouloir les fixer dans leur enfance et les garder auprès de moi comme on garderait des oisillons dans un nid. J’aime les voir grandir, s’affirmer, développer leurs goûts et leurs certitudes. J’aime voir s’affiner le caractère que l’on avait vu se développer dans leurs premières années. La tendresse de l’une, l’humour et la détermination de l’autre, ce que nous pressentions déjà dans leurs premières années se confirme chaque jour un peu plus.

J’avais beau savoir à l’instant même où Biquette a été conçue que la maternité est sans cesse changeante, qu’elle s’adapte à chaque instant, à chaque enfant, à chaque étape de la vie, cela ne m’avait jamais frappé aussi fort que cette semaine lorsque j’ai apposé le point final sur le dossier d’inscription à l’école de Chaton.

Je ne sais pas si nous aurons un jour un autre enfant. À vrai dire, ce n’est même pas la question. Quoi qu’il arrive, le renoncement auquel je fais face aujourd’hui est une étape par laquelle ma maternité doit passer de façon définitive un jour, que ce soit maintenant ou plus tard, et n’est clairement pas mon dernier renoncement. J’espère simplement que l’expérience de ce premier renoncement rendra les suivants plus faciles et plus doux.

15 commentaires sur “Complète ?

  1. De ce que j’ai vécu moi-même et de ce que m’en ont dit mes amies, je vois plutôt cette étape comme le deuil d’une possibilité. Quelle que soit la situation, je pense que nous passons toutes par cette étape, différemment mais que cela reste une étape à passer pour chaque femme, qu’elle veuille ou non des enfants, qu’elle soit maman de 1 ou 10 enfants. Mais je préfère ton terme en te lisant, cela s’apparente finalement plus à un renoncement à une possibilité qu’à un deuil.
    Quant à la sensation d’abandon d’un bébé dans ses bras sans l’option couches, nuits hâchées, etc., rhoooo je me demande si ce n’est pas pour ça que tous les parents veulent être grands-parents 😉 ils veulent revivre ça et réentendre à l’infini le bruit magique d’un rire de bébé ❤

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    1. En fait, je trouve que dans le deuil, il y a un côté subi : on ne choisit pas la mort d’un proche, ou l’accident de la vie qui engendrera un handicap. Dans la maternité, sauf infertilité, ce que je trouve délicat c’est que ce renoncement doit être un choix. Il va falloir que je décide un jour de ne plus avoir d’enfants, de ne plus être une maman de petits, et parfois ça me serre le cœur.

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  2. Moi je suis tellement à l’opposé de toi: je rêve de ce jour où j’inscris mon petit deuz (et dernier!) a l’école! Je rêve de « voir le bout » de la période bébé qui m’épuise tellement.. je profite des petites choses (petits plis de bras et de cuisses, comment vivre dans un monde sans vous?!) mais j’ai hâte d’avancer! Je vois ce que tu veux dire cela dit par renoncement: c’est en effet un choix : autrefois les gens avaient les enfants qui leur arrivaient, maintenant on a ce « poids » du choix qui peut être bien lourd (et aussi du « quand/si » faire des enfants d’ailleurs..)

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  3. Enceinte du 3ème (et normalement dernier) je vis actuellement un tas d’émotions où j’ai du mal à accepter que c’est ma dernière grossesse et je redoute déjà le moment où il sera là et où je vivrais toutes les dernières fois… À moins que je ressente alors ce fameux sentiment du « au complet »… À suivre !

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  4. Je suis comme Raphaëlle. Je n’attends que le jour on mon petit deuxième n’aura plus de couches, pourra parler et être autonome.
    Je sais que je n’aurais pas d’autres enfants mais pour le moment, plus ils grandissent, plus c’est chouette ! Donc je n’ai (encore) aucun regret de les voir grandir.

    Par contre, je n’ai jamais eu ce sentiment de famille complète. Peut être parce que je n’ai pas eu de grand désir d’enfant. Je ne me sentais pas incomplète avant d’avoir des enfants. Je me sens juste changée maintenant.

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  5. La rentrée à l’école de notre dernier fait toujours un choc je trouve. Une réalisation du temps qui passe, du bébé qui ne sera plus, de cette maman qui ne maternera plus.
    Pour ma part je n’ai pas vécu de renoncement. J’ai viscéralement senti que je ne voulais plus d’enfant tout comme j’avais viscéralement besoin d’en avoir et que cette envie me dévorait avant d’avoir les garçons.
    La oui je suis nostalgique, je vois les photos d’eux bébés et je me rappelle de nos moments de fusion. Cette période était belle et magique, dure aussi et épuisante ne nous le cachons pas. Mais encore je donnerais beaucoup pour pouvoir retrouver mes bébés 1h, pouvoir sentir de nouveau leur souffle contre moi et leur odeur de bébé, autant je fais des cauchemars d’imaginer avoir un autre enfant.
    Je n’ai plus envie de porter les bébés de mes proches dans mes bras, je ne fonds plus devant les bébés dans la rue. Oui je les trouve toujours mignon mais je sais aussi ce que ça implique et ça ne me tente plus du tout.
    En raison des délais pour inscrire au CP dans l’école que l’on a choisi j’ai déjà du inscrire Petit M. Et je sais que dans moins d’un an on aura les premiers rdv d’inscription pour tout officialiser et j’en ai du mal à respirer. Pour autant ce n’est pas d’un bébé dont j’aurais envie, mais plutôt de voir grandir moins vite les miens. Je suis complète, mais le temps m’échappe.

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    1. Tu mets le doigt aussi sur un point crucial pour moi : j’ai le sentiment que le temps passe beaucoup trop vite. un instant ils étaient nourrissons, un instant plus tard les voilà écoliers.
      L’une des mes résolutions de l’année est d’ailleurs de prendre plus de temps avec chacun et pour moi. Pour ne plus avoir cette impression de manquer des moments.

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  6. ici, mon quatrième, et théoriquement petit dernier est encore presque tout neuf … et pourtant, je suis aussi surprise de devoir faire face à se renoncement, qui s’imbrique aussi dans plusieurs deuils : le deuil de notre troisième enfant, donc une fratrie de quatre à trois, le deuil d’une fille et donc le « deuil » du dernier enfant que nous n’auront pas …
    La décision n’est d’ailleurs pas encore totalement tranchée puisque nous nous donnons encore 4 ans avant de choisir une contraception définitive, mais la logistique des dernières vacances en famille avec un bébé après deux ans avec juste des grands, les difficultés avec notre deuxième, ça pose forcément la question de rajouter une inconnue à notre équation familiale … mais ça reste difficile de renoncer à cette dernière possibilité (qui sera toujours la dernière puisqu’on pourrait recommencer infiniment)

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  7. Comme Mae, je n’ai moi non plus pas vécu ce renoncement, j’ai également viscéralement su que mon unique fille serait aussi la dernière dès qu’elle est née, et je n’ai jamais hésité. Du coup, j’ai toujours débarrassé avec une joie totalement sans mélange les vêtements trop petits et les jouets de bébé, et je vois sa rentrée à l’école l’année prochaine sans aucun regret non plus. Revivre une « période bébé » serait vraiment la dernière chose dont j’ai envie. Mais j’ai conscience que j’ai de la chance de le prendre comme ça, j’en discutait encore l’autre jour avec une collègue qui commence à donner à regrets les affaires de bébé de son 4e enfant, et ça implique quand même un peu de tristesse apparemment. Mais je suppose qu’on vit tous avec des renoncements, ils sont peut-être juste différents pour chacun-e !

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  8. Pour ma part, après avoir donné naissance à mon deuxième enfant, j’ai connu durant un moment l’envie de vivre une troisième grossesse. Mais la liste des « contre » était tellement longue (avec certains arguments plutôt pesant) et la liste de « pour » si ridiculement petite que j’ai fait le choix de renoncer. Durant quelques semaines, après avoir fait ce choix, je me suis demandée si je garderais l’impression d’un manque. Mais en fait, non. Ma famille, telle qu’elle est composée, me suffit.

    Tu es à la fin d’un chapitre, tu t’apprêtes à entamer l’écriture du suivant. L’essentiel, au fond, c’est que rien, ni personne ne t’oblige à cette transition. Alors, oui, ça fait toujours bizarre. Mais puisque les choses se passent sereinement et sans contrainte, alors tout est bien. Je te souhaite de profiter du prochain chapitre avec sérénité et plaisir.

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  9. Un article qui me parle beaucoup. Je ne sais pas si je sens ma famille complète avec deux enfants mais je sais qu’il serait compliqué, matériellement et sans doute aussi émotionnellement, d’en accueillir un troisième. Cela me place néanmoins face à plusieurs renoncements : celui d’une famille nombreuse, celui d’une nouvelle rencontre… Parfois je me dis que j’aimerais juste retourner une heure ou deux dans le passé, savourer le corps chaud de mon nouveau-né blotti contre moi ! Car oui, le temps passe vite…

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