Grandir

Grandir

« Regarde maman je sais faire demi tour à vélo »

« Regarde maman je mets la tête sous l’eau super longtemps »

« Non c’est bon maman pas besoin de toi pour attraper le gel douche j’ai réussi tout seul »

« Non maman je ne veux pas ce t-shirt je ne le trouve pas beau »

« Maman je viens t’aider à plier le linge »

« J’ai fini de manger maman, je rapporte mon assiette à la cuisine »

Je peux me mettre des œillères autant que je veux, je ne peux plus ne pas voir que mes bébés grandissent (oui ce sont et seront toujours mes bébés, même à 30 ans).

Début de liberté

Je ne vais pas te mentir, c’est super agréable de pouvoir leur demander de mettre la table ou de juste les appeler pour leur demander de venir ranger les vêtements que j’ai plié.

Ils deviennent plus autonomes nous permettant d’être moins derrière eux. C’est agréable de les voir grandir et de voir les enfants qu’ils deviennent avec leurs goûts et leurs façons de fonctionner.

On peut commencer à faire de l’humour, à se reposer sur eux pour certaines tâches.

Et quelle fierté quand ils réalisent de nouvelles choses « de grands » ! Quand tu leur passes l’argent et qu’ils achètent tout seul la baguette de pain à la boulangerie.

Ce temps libéré de pouvoir faire à manger pendant qu’ils prennent leur douche au lieu d’être coincé dans la salle de bain à les laver.

Ces rituels qui changent et ou ce n’est plus moi qui lit l’histoire du soir mais lui.

Parfois j’ai la nostalgie de mes bébés, mais je suis aussi heureuse de rentrer dans cette phase ou c’est moins fusionnel et demandeur.

Mais cela s’accompagne pour moi d’un côté moins simple à appréhender.

Crédits Photo : photosforyou (CreativeCommons)

Dans un monde dangereux

Soyons honnête, ce monde est rempli de choses mortelles. L’eau par exemple. Tu passes plusieurs années à espérer qu’ils apprennent vite à nager parce que tu as peur qu’un jour ils puissent se retrouver dans l’eau sans brassard. Et le jour où ils savent nager… et bien c’est pire que tout ! Laissez moi leur remettre des brassards quoi ! Comment on sait quand ils ont la tête dans l’eau si c’est normal ou s’ils sont en train de se noyer ? Au moins avec les brassards on les voit constamment, là ils disparaissent de notre champs de vision et on compte les secondes le souffle coupé en attendant qu’ils réapparaissent (près à sauter pour les remonter si jamais).

Et puis quand ce n’est pas la nature qui est mortelle il y a l’être humain. On en parle de cette angoisse de devoir laisser la garde de tes enfants à des parfaits inconnus ? Encore l’assistante maternelle tu la choisis, a minima, mais une fois à l’école, on ne te demande pas ton avis pour le maître/la maîtresse ou le personnel de la mairie. Et si tu n’as pas de chance, tu te retrouveras face à des institutions qui expliqueront que tes peurs sont ridicules et qu’ils ont « toujours fait comme ça et ça n’a jamais posé soucis ». Jusqu’au jour où ta très bonne amie te transmet le mail de son école expliquant qu’ils ont égarés pendant 2h deux enfants de CE1. 2h. Des enfants de 7 ans.

Et tu ne peux rien y faire. Quand ils étaient tout petits et ne dépendaient que de toi, tu pensais que c’était effrayant et tu avais hâte qu’ils grandissent pour qu’ils puissent s’exprimer. Mais en fait ce qui est effrayant, c’est de les voir grandir.


Et voilà toute l’ambivalence de la parentalité. Voir grandir tes enfants est extraordinaire, il n’y a pas mieux dans ce monde que de les voir se construire et devenir les adultes de demain. Les voir grandir est le but de toute cette aventure, et c’est encore plus terrible de ne pas pouvoir les voir le faire. Mais les voir grandir c’est terrifiant, c’est se remettre en question constamment. C’est faire des erreurs, surprotéger, parfois sous-estimer certains dangers. Quand ils grandissent, on grandit avec eux, on intègre de nouvelles compétences, on découvre de nouveaux sentiments. On aime à en avoir mal, on rit, on pleure, on panique, on s’enorgueillit, on crie, on prend sur soi, on déplace des montagnes.

On a l’impression que ce ne sont que les enfants qui grandissent mais en réalité, je pense que Monsieur Génial et moi, on grandit en même temps qu’eux, et je pense que nous ne sommes pas les seuls.

12 commentaires sur “Grandir

  1. J’aurais pu écrire cet article au mot près, cette ambivalence des sentiments n’est pas près de nous quitter je pense… je me rassure comme je peux, dès que ma fille a été en mesure d’écrire son prénom, je lui ai aussi appris son nom de famille, et lui ai fait apprendre par coeur mon numéro de téléphone et le nom de notre ville, tout en la poussant sur le chemin de l’autonomie je ne cesse de me demander « à quel danger je n’ai pas pensé ? »
    Quant à l’anecdote qui rassure beaucoup à l’école, il m’est arrivé de récupérer sur le trottoir en train de suivre le mouvement des sorties un petit garçon de 3 ans car je savais qu’il devait rester à la garderie. La sortie par inadvertance arrive mais la réaction de la maîtresse m’a un peu perturbée « rhooo là là mais tu n’as pas le droit de sortir ! » Heu… et toi tu es priée de prendre tes responsabilités, surtout quand tu es en charge d’enfants aussi jeunes…. en fait, j’aurais préféré quelque chose comme « oh là, excusez-moi » « oh ! Merci, heureusement que quelqu’un l’a vu » au moins cela m’aurait montrer sa conscience du danger potentiel. Mais non, c’était la faute de cet enfant de 3 ans… tu aurais l’adresse du pays des Bisounours stp ? 😉

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    1. La réaction de la maîtresse ne me choque qu’à moitié. Je trouve ca bien de responsabiliser un peu le petit de maternelle sur sa journée, surtout si il reste toujours à la garderie. Donc je lui aurais probablement dit pareil.
      Par contre, je me serai senti vachement mal car en effet c’est une énorme erreur de sa part ! Et je me serai confondu en remerciement pour le parent qui a évité une possible catastrophe.

      Perso, en visitant des crèches pour y inscrire mes enfants, il y en a une qui est sortie de ma liste de demande direct car quand je suis arrivée (avec un rendez vous !) pour visiter (mi février), la responsable de la section m’a demandé « vous venez chercher qui ? ». Elle avait l’air prête à confier un de ses enfants à une inconnue ! C’est juste inacceptable !

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      1. Responsabiliser les enfants… oui, encore faut il qu’ils soient assez matures pour être capable de comprendre les tenants et les aboutissants. A trois ans ce n’est pas le cas de la majorité des enfants. De plus la maitresse semble ne pas avoir réagit directement vis à vis de Virg mais uniquement vis à vis de l’enfant. Quand un parent inconscient a passé des cacahuètes par la grille aux enfants dans la cour les maitresses ont rappelé les règles aux enfants, mais comment face à un parent qu’ils connaissaient pouvaient ils réaliser la gravité de l’acte? Donc l’équipe éducative a aussi remonté les bretelles a ce parent, et fortement. Les adultes sont responsables, un enfant de trois ans non.

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        1. On est d’accord. Elle pouvait (devait) faire une remarque au petit mais elle aurait dû se remettre en question car c’est sa responsabilité ! La, elle ne fait clairement pas une bonne impression.

          Passer des choses par la grille de l’école, dans ma petite ville, c’était assez courant quand j’étais petite (le devoir, le pull, le cahier oublié… ou même le gouter). a l’époque, ca ne choquait personne. Je suppose que maintenant ca serait différent.

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    2. Quand il avait trois ans mon mari a fugué de l’école. Pendant la récré il a ouvert le portail et il est parti. Il a été récupéré dans la rue par un adulte qui n’a pas trouvé ça normal de voir un petit se balader comme ça et l’a ramené à l’école… Autant dire que lors de la visite de l’école maternelle j’ai regardé si les enfants pouvaient échapper à la surveillance des adultes immédiatement. J’ai eu énormément de chance de tomber sur une équipe éducative bienveillante et sérieuse qui fait extrêmement attention, ce qui a rendu l’adaptation à l’école élémentaire difficile parce qu’on est vraiment passé du cocon de notre assistante maternelle au cocon de notre école maternelle puis à une école ou l’équipe est sérieuse mais ce n’est plus du tout un cocon XD.

      Le pays des Bisounours… en tout cas ce n’est pas dans ma ville vu le comportement de ma mairie, mais si tu trouves n’hésite pas à partager l’adresse!

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      1. Quelle horreur cette fugue ! Heureusement que ca s’est bien teminé.

        En Scandinavie, les cours d’écoles et de crèches sont souvent accessibles au public aux heures où l’établissement est fermé. L’avantage : plein d’air de jeux « fermées » les week ends et adaptées à tous les âges. L’inconvénient:on y accède par une porte sans verrou ni cadenas, uniquement équipée d’une sécurité enfant. Ca veut dire que les adultes peuvent pénétrer dans la cour quand ils le souhaitent et que les enfants de plus de 8 ans (voir moins) peuvent en sortir comme ils le veulent (le système de sécurité n’est pas hyper compliqué à comprendre). Il n’est d’ailleurs pas rare de les voir sortir par eux même pour aller rechercher un ballon qui est sorti de la cour…
        C’est vraiment un autre monde ! Au final il n’y a pas plus d’enlèvement ni d’accident qu’en France mais ca fait un peu peur !

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  2. Pour le moment, mes enfants sont encore assez petits et je t’avoue que je n’ai pas encore peur de les voir grandir. J’ai juste hâte qu’ils gagnent enfin en autonomie et se détachent un peu de nous. Je ne vois que les côtés positifs !
    Mais je ne doute pas que ca arrive !

    Je crois que ce que j’essaye de bâtir en ce moment, c’est une relation de confiance avec mes enfants et une explication des règles claires. Pour justement avoir confiance en eux et me dire qu’ils m’en parleront en cas de problème et de malaise.
    Dans le genre, je leur apprend que pour traverser la rue, les parkings… il faut regarder des 2 côtés et que tant qu’ls sont petits ils doivent absolument tenir la main. Maintenant que le reflexe de la main est acquis (je ne suis pas sure qu’ils sachent estimer la distance / vitesse d’une voiture), je sais que quelle que soit la personne qui les emmène à la crèche, ils s’arrêteront et lui prendront la main pour traverser, même si personne ne leur réclame de faire ça.

    L’avenir me dira ce que ca donnera !

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    1. Je reste persuadé qu’il faut effectivement expliquer aux enfants les dangers et pourquoi on met en place certaines choses. Ma mère m’a appris très jeune que mettre sa ceinture en voiture ce n’était pas pour m’embêter mais pour me garder en vie car malheureusement « on ne sait jamais », elle était persuadée du bien fondé de me mettre en sécurité et elle se l’appliquait aussi. Je n’ai jamais remis en question le port de la ceinture et je la mettais seule dans les voitures des parents de mes amis même quand ils ne le demandaient pas. J’ai fait pareil avec mes enfants et pareil ça devient un réflexe pour eux. Il faut effectivement faire confiance à ses enfants et quand on leur passe les bons réflexes c’est toujours mieux. Mais ils restent des enfants et malheureusement un enfant c’est parfois imprévisible, tête en l’air, distrait, excité… et dans ces cas là je préfère pourvoir faire confiance aux adultes à qui je les confie!

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  3. Nous sommes tous, en tant que parents, confronté à cette ambivalence de sentiments. A un moment donné, on a l’impression que, ça y est, on a passé un cap et que désormais, nous nous sentirons plus sereins. Et puis, ils grandissent encore un peu et à nouveau, ils se retrouvent à devoir affronter de nouvelles choses, de nouveaux défis, de nouveaux danger. Et, à nouveau, on se retrouve partagés entre l’envie de les accompagner et de les protéger le plus possible et la fierté de les voir s’en sortir sans nous.. ou pas ^^
    Je me sens parfois comme un coach sportif. Vous savez, ceux qui restent sous les barres asymétriques et qui suivent l’évolution de leur poulain, les bras à demi tendus, prêts à amortir une chute, le coeur battant, sur le qui-vive, conscient que leur présence pourrait être vitale et profondément désireux de ne servir à rien.

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    1. J’adore l’image du coach sportif c’est tout a fait ça! Ça résume tout tellement bien. Parfois je me demande si mes parents ressentent encore ça avec moi ou si un jour ça « passe ».

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  4. Le coup de l’eau c’est trop ça ! Maintenant que Crapouillou se débrouille bien dans l’eau je suis tout autant au taquet, super vigilante, au cas où il louperait sa prise d’air, ou aurait un malaise dans l’eau, ou je ne sais quoi !
    Merci en tout cas, tu mets des mots sur un sentiment sourd que je ressens depuis quelques mois mais que je n’avais pas identifié !

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