Ce que ma dépression m’a appris

CE QUE MA DÉPRESSION M’A APPRIS

Les premiers jours de vie de Flicka, j’ai vécu une joie immense. Une véritable bulle de bonheur, d’être enfin quatre, voir ma Pépette devenir grande sœur, rencontrer ma deuxième fille…

Bulle de bonheur qui a complètement éclaté, quand, 4 jours après avoir accouché, j’ai dû retourner à l’hôpital pour une infection. J’y ai passé 3 jours, seule avec Flicka, dans une chambre terne, sans possibilité de visites, en plein baby blues. Et je n’ai jamais ressenti l’extase des premiers jours.

Pire même, à mesure que les jours avançaient, je pleurais de plus en plus, souvent, tout le temps. J’étais incapable de voir le positif, je subissais tout, n’avais envie de rien, et passais mes journées prostrée sur le canapé (coincée par le bébé qui faisait la sieste sur moi, officiellement, mais en réalité me lever me semblait une tâche impossible).

Après un mois comme ça, mon mari a tiré la sonnette d’alarme: je faisais une dépression post-partum.

Maintenant, près d’un an après la naissance de Flicka, spoiler alert : je m’en suis sortie. Et cette année de post-partum m’a appris beaucoup, beaucoup de choses sur moi-même et ceux qui m’entourent. Cet article, c’est un peu ma tentative à moi de voir ce moment pas joyeux (bonjour euphémisme !) de manière positive.

Qu’être mieux lotie que certains n’empêche pas de pleurer sur son sort

C’est mon mari qui m’a ouvert les yeux sur mon état. Sur le moment, je ne pensais même pas à la possibilité d’une dépression. « C’est normal, c’est dur de devenir maman de deux enfants » « je sais que c’est une période difficile, mais ça va aller mieux ». Bien sûr, je minimisais.

Oui, j’ai de la chance : j’ai mes deux filles, un mari qui m’aime, un travail satisfaisant, un bel appartement. Oui, les premiers mois de bébé sont difficiles, entre le manque de sommeil, des nouveaux repères à prendre et son corps à se réapproprier. Mais ce n’est pas parce que je ne suis pas à plaindre que je ne devrais pas me plaindre.

Quand Mister Man m’a dit avec plein de pincettes qu’il pensait que justement, ce n’était pas normal de se sentir aussi mal, ça m’a fait comme un coup de fouet. Non, ce n’est pas normal. Ça ne devrait jamais être vu comme normal. J’ai eu du mal à admettre que mes problèmes étaient des « vrais » problèmes, pas des pleurnichements de femme gâtée.

Que c’est OK de demander de l’aide

À partir du moment où j’ai accepté l’état dans lequel j’étais, il m’a fallu trouver les solutions pour m’en sortir. Et c’est très, très difficile, quand rien ne va et qu’une simple pensée peut tout faire basculer dans la noirceur, de demander de l’aide. C’est accepter de se montrer vulnérable. C’est devoir expliquer ton problème (en suédois en plus dans mon cas) plusieurs fois, jusqu’à trouver la bonne personne. C’est prendre le téléphone (un des trucs que je déteste : appeler quelqu’un que je ne connais pas) et bien faire comprendre à l’interlocuteur ce qui se passe dans ta tête.

Crédit photo: StockSnap Pixabay

Les démarches ont été pénibles. J’ai rebondi entre différents systèmes, différents interlocuteurs, avant de trouver la bonne personne, celle qui pourrait m’aider. Être en pleine pandémie n’a pas aidé : aucune visite possible, et des psychologues déjà surchargés par les patients dans cette période particulière.

Il m’a fallu aussi demander (et accepter) de l’aide de mes proches. Mister Man particulièrement m’a épaulé autant qu’il a pu, mais devoir avouer (à lui et à moi-même) que j’avais peur de rester seule avec mon bébé est encore un moment qui m’a ébranlée ; un de ces moments où la réaction de l’autre semble décisive pour les années à venir.

Que je suis bien entourée

Heureusement, je me suis vite rendue compte que tous mes proches pouvaient et voulaient me soutenir autant qu’ils le pouvaient. Mon mari, d’abord, qui était en première ligne. Qui n’a pas hésité à prendre des jours de congés parentaux avec moi (merci au système suédois qui le permet facilement), sans hésiter et sans me juger. Qui a enduré pendant des mois d’avoir l’ombre de sa femme à ses côtés. Et qui, toujours, toujours, a essayé de m’aider autant qu’il a pu.

Mes amis proches aussi ont su m’aider et m’entourer. Je leur serai toujours extrêmement reconnaissante de ne pas avoir insisté pour sortir si je n’en avais pas envie ; ou d’être là quand je me sentais prête à voir du monde. J’avais sous estimé le pouvoir d’un petit plat surgelé confié à la va-vite qui m’empêche de me prendre la tête pour un dîner, ou d’un simple petit message qui demande comment ça va.

Et là où j’ai été extrêmement surprise, et touchée, ça a été de voir les professionnels de santé autour de moi se démener pour pouvoir m’aider. Entre ma sage-femme qui fait des pieds et des mains pour m’obtenir un rendez-vous chez un psy, la pédiatre qui appelle pour moi le centre dédié aux relations mères/enfants, et surtout la psychologue chez qui j’ai fini qui m’a tenu la main tout au long de mon voyage vers la rémission. Toutes ces femmes qui prenaient régulièrement de mes nouvelles, qui me poussaient à faire le travail nécessaire pour me sentir mieux, qui ne m’ont pas laissée seule dans mon désarroi. Elles avaient les clés pour pouvoir me guérir et elles ont utilisé tout leur trousseau, chacune à leur manière, pour y parvenir.

J’ai trouvé ça formidable de trouver des personnes impliquées. C’était d’autant plus important que je ressentais fortement l’absence de ma famille, qui ne pouvait pas venir nous aider à cause des restrictions.

Que je suis une droguée

Aux 3 mois de Flicka, c’était toujours le trou noir. J’étais en pleine dépression, je le savais et je le détestais. Vraiment, je haïssais ce que je ressentais, cet état si étranger à ma positivité habituelle. Je voulais m’en sortir mais ne savait pas comment faire.

J’ai recommencé à fumer. Ces petits espaces de 5 minutes me détendaient. C’était d’abord une cigarette par jour, pour s’échapper, « respirer » (crois-moi, je vois bien l’ironie). C’était le petit truc qui me remontait le moral, et ça a marché (malheureusement), je lâchais prise plus facilement.

L’autre « drogue » qui m’a aidée sont les antidépresseurs. J’hésitais à les prendre, j’avais peur de leur effet sur moi. Mais après avoir exprimé toutes mes inquiétudes à ma psy, on s’est mis d’accord sur un traitement léger pour voir ce que ça donnait. Et ils ont été efficaces, bien plus que ce à quoi je m’attendais. C’est quand j’ai accepté de les prendre (Flicka avait 6 mois) que j’ai enfin réalisé que je pouvais m’en sortir.

Crédit photo: xusenru Pixabay

Que je suis forte

C’est la plus belle et la plus grande leçon qui ressort de ma dépression. J’allais mal. Mais je me suis battue, battue, et battue encore pour aller mieux. J’ai fait un travail colossal sur moi, sur mes traumatismes, je n’ai pas baissé les bras. J’ai pu demander de l’aide. J’ai pu parler de mon mal-être. J’ai accepté de l’aide. Et je m’en suis sortie. Il m’a fallu 10 mois, entre séances de psy en visio hebdomadaires, rendez-vous avec le centre parents/enfants, reprise du travail en mi-temps. Entre fatigue et couches, entre pleurs et désespoir. Je m’en suis sortie, grâce à mes proches, mon mari, ma psy, mes drogues. Mais surtout grâce à moi.

Je ne soupçonnais pas avoir cette force, et maintenant que je vais mieux, j’ai gagné une énorme confiance en moi. Je suis fière d’avoir pris le problème à bras le corps, le taureau par les cornes, et même si parfois c’est la bête qui gagnait, au final je suis sortie victorieuse et grandie de cette épreuve.

2 commentaires sur “Ce que ma dépression m’a appris

  1. Maintenant que tu en es sortie, j’en « profite » pour te poser une question car ta réponse pourrait grandement m’aider : comment on fait prendre conscience à la personne qu’elle a un mal être qui lui pourrit la vie, sans être accusateur et éviter de la braquer ? Comment engager le dialogue initial qui pourrait lui faire prendre ce long cheminement jusqu’à la guérison ?
    Si tu passes par là et si tu as une réponse, vraiment, je te remercie de me la donner.

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